Inès 39

Fichtre, je recommence à prendre du retard entre les envois, moi...


Sans plus de précautions que pour un vulgaire baluchon, le Comte déposa vivement Inès inanimée sur le sol et marcha sur l’aumônier qu’il attrapa par le revers de sa soutane. Contrairement à ce que tout le monde attendait (surtout vous, cher lecteur !), il ne se mit pas à vociférer et Corentin, qui avait à moitié fermé les yeux, paré à l’assaut, les rouvrit d’un air surpris. L’étreinte du Comte était plus puissante que ce qu’il avait imaginé, dénotant un homme rompu aux combats et à l’exercice physique. Plus inquiétant encore : sa main ne tremblait pas. Ce qui signifiait, comme chacun sait, qu’il se maîtrisait parfaitement. Le Comte planta son regard dans le sien et Corentin, pétrifié, sentit un frisson involontaire lui courir le long de l’échine. Il avait l’impression d’avoir croisé le regard d’une Gorgone ou d’un Basilic. Le Comte, donc, ne hurla pas, bien au contraire. Il prit sa voix la plus douce et la plus fielleuse. Son visage était si près de celui de l’aumônier que ce dernier sentait le mouvement régulier de son souffle. D’un ton menaçant et en chuchotant presque, le Comte s’adressa au jeune homme.
- Vous avez voulu jouer au plus fin mon père… et ce malgré mes nombreux avertissements… J’aurais pensé qu’une nuit avec les loups vous aurait ramené à la raison. Vous connaissiez la règle et vous avez tout de même persévéré. Je crains que vous ne viviez désormais avec le poids de la mort de vos amis sur la conscience.
- Attendez ! tenta Corentin dans un balbutiement affolé. Vous ne pouvez pas faire cela ! Vous avez bien vu que j’ai tout fait pour vous marier ! Je ne suis pas responsable de ce qui s’est passé !
- Il suffit mon père ! Qui croyez-vous abuser ainsi ? Vous vous imaginiez que vous pourriez impunément tout tenter pour ajourner ou invalider le mariage ? Me prenez-vous pour un demeuré ? Je ne suis pas de ceux qu’on apitoie ou qu’on leurre comme un vulgaire hilote ! Vous avez dû jusqu’ici n’affronter que de biens piètres adversaires pour espérer triompher aussi facilement !
Le Baron, trop loin, ne saisissait pas bien ce qui se disait mais, à voir l’air affolé qui se peignait sur le visage de l’aumônier, il ne présageait rien de bon. Les deux bandits qu’il observait avaient l’air sur le qui-vive. Etaient-ils prêts à intervenir sur l’ordre du Comte ? Ou bien Eudes le Spartiate avait-il enfin trouvé un moyen de leur venir en aide ? Le gredin blond, placé désormais juste en face du Comte, avait cessé de le fixer, il portait désormais un intérêt tout particulier aux chaussures de son compagnon… voilà qui était étrange ! Oui, très étrange en vérité ! pensa le baron. Les bottes du compagnon en question portaient d’étonnantes traces blanches sur le dessus. Où avait-il déjà constaté ce phénomène ? Ce ne pouvait être les sables sidérolithiques de la forêt d’Orléans qui avaient laissé ces taches incongrues… pas plus que la boue qui devait subsister dans quelques recoins de cet endroit lugubre… Non, cela rappelait quelque chose au baron… un souvenir qui remontait à ses périples exotiques. Lui qui était si friand d’entendre les autochtones lui raconter les mystères locaux ! Il se souvenait d’ailleurs particulièrement bien de cette fois mémorable où, dans un petit port près de Nantes, un marin lui avait donné tous les détails concernant les tatouages des gens de mer... il y avait vraiment des choses saugrenues… Soudain, un grand jour se fit dans l’entendement du baron : le petit port près de Nantes ! Les marins ! Les traces blanches ! Mais bien sûr !


Comme, chers lecteurs, en excellents herméneutes que vous êtes, vous avez parfaitement compris ce dont le baron vient de se souvenir, je m’abstiendrai donc de vous livrer les détails de cette réminiscence. Mais, je vous vois perplexe… Hé bien permettez-moi de vous dire, chers amis, que vous n’êtes décidément pas très réactifs (cela dit sans vous vexer !) ! Je vois d’ici ce que vous êtes en train d’échafauder. Vous songez : « la trame de cette histoire est tellement biscornue que cette trace blanche est sûrement le signe de reconnaissance d’un groupe rival des Cormorans qui, étant donné la couleur blanche doit être celui des Goélands (parce que, comme dit la chanson, « blancs, blancs, blancs les goélands »). D’ailleurs, le baron va probablement découvrir que le gredin blond a lui aussi des traces blanches sur ses bottes et qu’en fait, ces goélands ne sont là que pour récupérer le message donné à Inès par Orignac pour Aliénor. »
Bel effort, chers lecteurs ! Mais laissez-moi vous dire que vous n’y êtes pas du tout ! Le seul point que je vous accorde (outre le fait que la trame de cette histoire est effectivement biscornue) est que le baron a bel et bien découvert des traces blanches identiques sur les bottes du gredin blond. Mais la raison n’a rien à voir avec un groupuscule au nom d’oiseau. Ces traces, le baron des Vals les avaient déjà repérées sur les chaussures du marin nantais. Devant sa perplexité, celui-ci lui avait expliqué que c’était le sel qui laissait ces marques sur les bottes de cuir, voilà tout. Cela impliquait donc que les deux étranges personnages qui lui faisaient face avaient récemment vu la mer. En plein cœur de la forêt d’Orléans, voilà qui paraissait incongru !


Les lecteurs perspicaces que vous êtes ont néanmoins reconnus depuis un certain temps déjà, sous les traits des deux acolytes anonymes, nos amis, Isabelle et Théodoric. Aussi étrange que cela puisse paraître, alors que nous les avions abandonnés dans une situation pour le moins inconfortable, ils étaient enfin parvenus à retrouver Inès et Corentin. Ne froncez pas les sourcils de la sorte d’un air dubitatif ! J’avais l’intention de faire une belle ellipse narrative mais, puisque vous allez encore accuser le Narrateur d’arranger les choses à sa guise en dépit de la cohérence du récit, je me vois dans l’obligation de faire un petit retour en arrière.


Autour du feu allumé par Ned, les deux compagnons ruminaient en silence de sombres pensées, guettant le plus léger signe de réveil de la part de leur prisonnier. Chacun se demandait comment obtenir les précieuses informations tant recherchées sans avoir recours à la brutalité. Isabelle savait qu’elle n’aurait de toute façon jamais la force de faire ce qui pourrait s’avérer nécessaire. Les détails que lui avait donnés d’Arbrivel à propos de son père et de son frère ne cessaient de lui revenir en tête, la hantant de visions d’horreur qui la paralysaient. Quant à Théodoric, il savait qu’en dernier recours, il aurait peut-être à user de la méthode forte mais il préférait tout tenter avant d’en arriver là. Tout homme avait son point faible pensait-il. Il suffisait de trouver quel était celui de cet homme.
Soudain, l’homme remua. Isabelle lança un regard interrogateur à Théodoric. Un loup hurla dans le lointain. L’homme tressaillit. Et Théodoric sourit. Il avait trouvé son moyen de pression. Sans un mot, il se leva et commença à fabriquer une torche de fortune avec un bout de bois et un vieux morceau de tissu qui lui tenait lieu de mouchoir. Il affichait délibérément un air déterminé. L’homme commença à s’agiter :
- Que se passe-t-il ? Pourquoi m’avez-vous attaché ?...
Il ne cessait de poser des questions mais se heurtait à un mur de silence. Isabelle avait compris le principe de la manœuvre de Théodoric et, tout comme lui, ne portait absolument aucune attention à leur prisonnier. Elle entreprit elle aussi de se fabriquer une torche. Lorsqu’ils eurent achevé leur besogne, toujours sans un mot, Théodoric tendit sa torche à Isabelle et alla empoigner l’homme par les épaules. Celui-ci protesta avec toujours plus de véhémence. On entendait les loups hurler au loin, cris qui ne faisaient qu’ajouter à l’atmosphère angoissante créée par nos deux amis. Théodoric empoigna fermement son homme et l’entraina vers les ténèbres épaisses de la forêt. L’homme se débattait tant qu’il pouvait mais il n’était pas de taille (après tout, ce n’était qu’un sous-fifre et, vous l’aurez remarqué, les sous-fifres ne sont généralement pas des adversaires très coriaces.). Isabelle, qui s’était munie de leur rouleau de corde, les éclairait. Après avoir marché une dizaine de minutes, Théodoric jugea qu’ils étaient suffisamment loin du campement. Les hurlements des loups étaient à présent beaucoup plus proches mais la lumière des torches les tenaient à distance. Le gabier plaqua son prisonnier contre un arbre et le maintint fermement tandis que Ned l’attachait soigneusement, en ayant recours à de savants nœuds marins. L’homme ne se maitrisait plus. Il avait compris qu’on allait l’abandonner là, impitoyablement, à la merci des loups. Il ne criait même plus, il gémissait et suppliait qu’on le délivre, qu’il dirait tout ce qu’on voudrait… Ses deux geôliers, impassibles, continuaient leur besogne.
Ned avait enfin fini ses nœuds lorsqu’un pigeon vint se poser sur l’épaule de leur prisonnier. Celui-ci faillit se trouver mal. C’était là la preuve irréfutable de sa culpabilité. Théodoric se saisit de l’animal, retira le minuscule rouleau de parchemin dont il était porteur et le déplia. Isabelle se pencha sur son épaule et tous deux découvrirent le message suivant :

« Tuez-les. »



Cela avait au moins le mérite d’être clair ! Hé oui, vous vous en doutez, le Comte n’avait bien sûr pas attendu la réponse de Corentin pour envoyer son message, ayant à peu près autant d’honneur que le plus fourbe des félons.
- Ainsi donc, vous alliez nous tuer ? lança enfin Théodoric. Hé bien je crains que la situation ne se soit légèrement retournée. Adieu.
Et, sans rien ajouter, Isabelle et lui repartirent en direction de leur campement. Laissant les ténèbres environner l’homme qui gémissait. Ils marchaient lentement, attendant le moment inévitable où leur proie allait tout leur révéler. Ils s’éloignaient de plus en plus et allaient bientôt disparaître. Alors, l’homme se mit à hurler :
- Inès des Vals ! Elle est dans la forêt d’Orléans ! A quatre heures d’ici ! Avec le Comte de Saint-Flour !
Vous remarquerez au passage que l’imminence du danger pousse toujours les gens à parler de manière incohérente, en oubliant qu’il existe une structure grammaticale extrêmement civilisée que l’on appelle la phrase. Mais bon, ne soyons pas trop sévère avec ce pauvre homme en état de choc traumatique.
Isabelle et Théodoric se jetèrent un regard soulagé : jamais ils n’auraient cru obtenir aussi facilement l’information qu’ils cherchaient. Pour ne pas gâcher leur effet, ils ne s’arrêtèrent pas tout de suite. Ils laissèrent l’homme leur répéter deux ou trois fois les informations et les supplier de le sauver. Ses supplications résonnaient douloureusement aux oreilles d’Isabelle qui avait l’impression d’entendre celles de son père et de son frère. Théodoric se décida enfin à répondre :
- Qui nous prouve que vous nous dites bien la vérité ? Que ce n’est pas un piège destiné à nous éliminer ? Non, monsieur, nous ne vous croyons pas.
- Je vous le jure !! Le baron des Vals, le père de la fille, il est avec eux ! Les brigands qui abritent le Comte l’avait fait prisonnier ! Je vous en prie !
Nos deux amis se dirent alors que la comédie avait assez duré, d’autant plus que les hurlements des loups étaient désormais dangereusement proches. L’homme ne semblait pas mentir et, de toute façon, si embuscade il y avait, ils aviseraient sur le moment. Ils allèrent donc récupérer leur prisonnier, que Théodoric dût presque porter jusqu’au campement tellement le choc avait été important. Nos deux amis étaient loin de se douter que Corentin était, au même moment, en train de vivre en partie le calvaire épargné à cet homme (hé oui, le truc de la peur du loup était très à la mode à cette époque. Il faut dire que c’est plus répandu que la peur de la chauve-souris et plus commode à utiliser.). Ils décidèrent de se remettre immédiatement en route. Leurs montures n’avaient eu que peu de temps pour se reposer mais elles devraient pouvoir parcourir les quatre heures de route restantes. Le prisonnier s’était évanoui et Isabelle en profita pour troquer ses jupes avec son pantalon, ce qui fit bien rire Théodoric. Ils installèrent l’homme, ligoté, sur son propre cheval, en travers de la selle et l’entrainèrent jusqu’au village le plus proche qu’ils traversèrent. Ils jugèrent inutile de le garder comme otage, un simple sous-fifre n’ayant probablement que peu de valeur aux yeux des Cormorans. Surtout si le sous-fifre en question était un traître…
C’est ainsi qu’ils finirent par rejoindre la forêt d’Orléans. L’homme leur avait indiqué l’endroit où pénétrer dans l’antre vert pour trouver le camp d’Eudes le Spartiate et avait poussé la politesse jusqu’à leur donner le mot de passe. Effectivement, alors qu’ils s’avançaient à l’aveuglette parmi les branchages, une voix tomba vers eux en lançant :
- Qui va là ? Théodoric hésita avant de donner le mot de passe. Même s’il jugeait cette hypothèse peu probable, il estimait que l’homme pouvait leur avoir donné un faux code afin de les envoyer dans un piège. Il finit par répondre :
- C’est le chevalier du Gué, Compagnon de la Margeride.
Mot de passe inepte s’il en est, nous sommes d’accord, mais vous conviendrez avec moi que ceux-ci sont rarement lumineux…
La sentinelle invisible les laissa passer. Bon point. Cela signifiait que l’homme n’avait pas menti. Isabelle et Théodoric comptaient sur le fait que le camp regroupait des Cormorans et d’autres bandits locaux qui ne devaient pas se connaître entre eux. Ils pourraient toujours prétexter faire partie de l’autre groupe lorsqu’on leur poserait des questions embarrassante. A deux, ils n’avaient pas trop d’espoir de pouvoir vaincre toute cette petite troupe. Il leur fallait attendre les renforts du capitaine et de Judicaël. Cependant, ils pourraient préparer le terrain et surtout être là si les événements venaient à mal tourner. Le campement était pour l’instant silencieux. Tout le monde semblait dormir ce qui, à cette heure de la nuit, était plutôt normal. Nos deux amis laissèrent leurs chevaux prendre un repos bien mérités. Tous deux en auraient bien fait autant mais ils se dirent qu’ils n’auraient probablement pas de meilleure occasion de prendre connaissance des lieux qu’en ce moment précis, alors que le Comte se croyait débarrassé de ses ennemis et devait dormir sur ses deux oreilles et tout le campement avec lui. Ils partirent donc chacun de leur côté, dresser un inventaire des lieux. Isabelle, souple et silencieuse comme un chat, se faufilait à travers les tentes. Elle entendait la respiration régulière et les ronflements des dormeurs. Plusieurs fois, des branches craquèrent sous ses pas et retenant son souffle, elle distingua des bruits à l’intérieur des tentes et des cabanes de fortune, mais personne ne se sentit menacé au point de venir voir ce qui se passait. La chance semblait décidément être avec eux ce soir.


Isabelle repéra une cabane qui semblait être celle d’un chef. Elle s’en approcha à pas feutrés. Non loin de là, une tente avait été dressée, de laquelle sortaient des voix d’hommes. Elle s’arrêta et tenta de comprendre ce qui se disait mais elle ne saisissait pas le sens des paroles qui étaient prononcées. Ce n’était indéniablement pas du français. C’était plus chantant, de l’italien peut-être… ou non, plutôt de l’espagnol. Difficile pour elle de le savoir, elle ne connaissait que l’anglais. Alors qu’elle était en train de se rapprocher, une main sortie de nulle part se plaqua contre sa bouche tandis qu’un bras lui enserrait la gorge, l’empêchant de se débattre. On l’entraina vers la forêt. Elle avait beau se débattre, elle étouffait un peu plus à chaque mouvement. Son agresseur ne relâchait pas sont étreinte. Cependant, il lui paraissait curieux qu’on l’emmène vers le bois plutôt que vers le chef du camp. Arrivés à une centaine de mètres du campement, Isabelle se retrouva brutalement plaquée contre un arbre et son adversaire lui fit face, la menaçant d’un fin poignard. La jeune femme réprima un mouvement de surprise : elle ne s’attendait pas à voir une femme.
- Qui êtes-vous ? demanda cette dernière d’une voix dure. Vous ne faite pas partie des Cormorans, je le sais. J’ai vu tous les sous-fifres du Comte. Vous n’en êtes pas. Et de toute façon, je doute qu’il accepte les femmes parmi ses pairs.
- Vous en êtes bien, vous, répondit Ned d’un ton mauvais.
La femme au poignard appuya un peu plus le poignard sur le cou de sa prisonnière.
- Je n’ai rien à voir avec ce vautour ! N’essayez pas de détourner la conversation : qui êtes-vous ?
- J’appartiens à la troupe d’Eudes le Spartiate, tenta Isabelle, en remerciant le ciel que l’homme les aient si bien renseignés.
Un éclat de rire sinistre vint briser son bel enthousiasme.
- Cela m’étonnerait, très chère, je suis Eudes le Spartiate.
Et je suis certaine de ne vous avoir jamais accueillie dans ma troupe.
Décidément, Ned allait de surprise en surprise. Elle qui s’était crue originale en se faisant passer pour un homme… elle songea que finalement, c’était une idée beaucoup plus répandue que ce qu’on aurait pu penser.
- Alors, allez-vous vous décider à me répondre, oui ou non ? Qui êtes-vous ?
Isabelle estima que le plus sage était probablement de dire la vérité. Son interlocutrice n’avait pas l’air d’apprécier outre mesure le Comte de Saint-Flour, ce qui semblait plutôt bon signe. D’autre part, le poignard s’enfonçait dangereusement dans sa gorge et elle préférait laisser le privilège de la décapitation aux reines écossaises.
- Je suis une amie d’Inès des Vals. Je sais que le Comte l’a enlevée et je suis à sa recherche.
La femme relâcha légèrement sa pression sur la gorge d’Isabelle mais restait visiblement sur ses gardes.
- Comment vous appelez-vous ?
- Isabelle de Karadeg.
Le bras d’Eudes le Spartiate retomba et Isabelle ressentit un immense soulagement. L’animosité avait disparu du regard de son interlocutrice. Celle-ci lui dit alors :
- Ainsi vous avez échappé aux sbires du Comte ? Vous m’en voyez heureuse. Toute cette histoire repose sur un effroyable malentendu.
Eudes le Spartiate lui raconta alors succinctement la manière dont elle et ses hommes s’étaient retrouvés impliqués dans cette affaire et la façon dont le Comte essayait de semer la confusion dans l’esprit d’Inès, projet qui semblait en bonne voie de réussite.
- Serait-il possible que je lui parle ? la pressa Isabelle.
- Hmm… C’est périlleux. Elle repose dans la cabane qui jouxte la tente du Comte…
- Ne pouvez-vous pas trouvez un prétexte pour parler au Comte et distraire son attention juste quelques minutes ? Je vous en prie !
Elles finirent par mettre au point une diversion. Isabelle expliqua que Théodoric et elle avaient l’intention de rester parmi eux en attendant les renforts. Elles allaient mettre leur plan à exécution lorsque Ned retint Eudes par le bras :
- N’y a-t-il pas aussi un prêtre qui est arrivé avec ces hommes ? Où est-il ?
Eudes afficha soudain un air embarrassé.
- Le Comte fait pression sur lui pour obtenir sa coopération. Il l’a menacé d’ordonner de vous tuer s’il n’obtempérait pas et l’a enfermé pour la nuit dans une cage, au milieu de la forêt… et des loups.
Isabelle pâlit à ces mots. Elle revit l’effroi qui habitait le regard de leur prisonnier et frissonna.
- Vous ne pouvez rien pour lui. Si vous l’aidez, vous vous compromettrez. Je ne peux que vous assurer que Saint-Flour ne le tuera pas tout de suite…
Sur ces paroles peu rassurantes, les deux femmes repartirent en direction du campement et, pendant que Ned se glissait discrètement dans la cabane qui abritait Inès, Eudes alla parler au Comte de Saint-Flour d’un soi-disant problème de ravitaillement qui rendait ses hommes de méchante humeur.


Lorsqu’elle vit l’état de son amie, une vague de culpabilité submergea Isabelle. Si seulement elle avait fait davantage attention à Fougères, Inès n’en serait pas là. Sentant une présence à ses côtés, la jeune malade ouvrit les yeux. D’une voix mal assurée, comme si elle avait le sentiment de rêver, elle appela :
- Ned ?
- Oui, Inès, c’est bien moi. Je n’ai que très peu de temps. Le Comte ne doit pas savoir que je suis venue, tu comprends ? Il essaie de te manipuler, de te faire croire qu’il t’a sauvée et que nous t’avons enlevée. C’est faux, Inès. Ce que tu as vécu avec Orignac, le capitaine Kervélec, Corentin, tout cela s’est vraiment passé. Surtout ne crois pas ce que te dis le Comte ! Je t’en supplie Inès…
Des bruits se faisaient entendre au-dehors indiquant à Isabelle qu’il était temps qu’elle s’éclipse. Inès n’était qu’à demi consciente et semblait se demander si elle était ou non en train de rêver. Difficile de savoir si elle se souviendrait de quoi que ce soit.
- Je dois partir. N’oublie surtout pas Inès : tout ce dont tu te souviens est vrai. Fais confiance à ton instinct, il a toujours raison.
Isabelle disparut au moment où les paupières d’Inès se refermaient.


La suite, vous la connaissez déjà : la rencontre entre Inès et son père, la tentative de mariage… Revenons-en donc aux menaces du Comte. Tandis que le baron se questionnait à propos de Ned et de Théodoric, Saint-Flour continuait en effet sa litanie de menaces à l’encontre du pauvre Corentin.
- Voyez-vous, mon père, lui dit-il, je crois que vous avez péché en pensée, en parole, par action et par omission, ce qui est beaucoup trop pour un seul homme. Etant charitable de naissance, je tiens à vous éviter la damnation éternelle et je vais donc vous donner l’occasion de faire votre pénitence publique.
Isabelle et Théodoric se lancèrent furtivement un regard inquiet. Corentin semblait complètement anéanti, achevé par la certitude d’avoir causé la perte de ses amis. Qu’est-ce que le Comte allait encore bien pouvoir lui faire subir ? Cet homme mystérieux au regard cruel, absolument dénué de pitié, était bien au-delà du niveau de cruauté d’un Orignac au meilleur de sa forme. Sur un signe de tête du Comte, deux hommes empoignèrent Corentin et l’entraînèrent à la lisière de la forêt, où un solide pieu de bois avait été planté dans le sol.
- Maintenant, mon père, si vous vouliez bien avoir l’obligeance de prendre la position du pénitent…
L’aumônier se vit forcé de s’agenouiller. Ses chevilles furent entravées ainsi que ses poignets ramenés derrière son dos. Ceux-ci furent alors attachés au poteau, immobilisant ainsi totalement Corentin dans l’inconfortable position du pénitent.
Théodoric esquissa le geste de sortir son épée pour se jeter sur le Comte mais Ned retint son bras. Cela lui fendait le cœur mais ils ne pouvaient rien faire pour le moment. Leur seule chance était d’attendre le capitaine qui, probablement, n’arriverait pas avant deux ou trois jours.
- Je vous en prie, mon père, ne me remerciez pas, cracha le Comte dans un sourire mauvais. J’estime qu’il est de mon devoir d’aider les hommes d’Eglise dans l’accomplissement de leur sacerdoce.
Et, après avoir ordonné de ramener le baron à sa cellule, il s’en retourna vers Inès, toujours évanouie. Toutes ses troupes le suivirent en ricanant. Pour ne pas attirer l’attention, Théodoric et Isabelle partirent chacun de leur côté. Mais en passant, après avoir vérifié que personne ne la voyait, Isabelle posa une main sur l’épaule de Corentin. Celui-ci releva la tête et aperçut le visage de son amie qui lui faisait signe de se taire. Un immense soulagement se peignit sur ses traits tirés. Finalement, tout n’était peut-être pas perdu.





Commentaires

Le 27 septembre 2011 Llyne a dit :

J'adore le narrateur :lol:

Le 30 mai 2012 Aria a dit :

Bon, papa va m'imprimer de la partie 31 à la 39 ♥

Le 28 mars 2017 magento a dit :

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Le 04 mai 2017 chatroom a dit :

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Commentaire : ;) >_< shame :S mrgreen oO siffle :) :( xD

Quelle est la dernière lettre du mot pcdyi ? :