Inès... 3

Je m'amuse bien, en relisant, à retrouver tous les petits clins d'oeils qu'on avait laissé traîner çà et là... ^^
En espérant que vous aussi passer une agréable lecture, voici la suite !



Ses yeux brillaient d’un éclat nouveau, comme électrisés par la colère. Inès perdit un peu de sa superbe.
- Ces hommes me menaçaient capitaine ! J’estime que j’étais parfaitement en droit de me défendre !
- Ce n’est pas à vous de décider quoi que ce soit ! Sachez chère demoiselle que ce que vous faites à l’un de mes hommes, c’est à moi que vous le faites !
- Vous paraphrasez la Bible maintenant ? Ne croyez-vous pas que vous oubliez votre place capitaine ?
- C’est vous qui oubliez la vôtre. Vous êtes à bord de la Malouine, vaisseau de ligne sous la responsabilité du capitaine Ronan Kervélec, et vous n’avez absolument aucun droit sinon celui de m’être reconnaissante de ne pas vous avoir laissée en pleine mer ! Il n’y a qu’une manière de laver cet affront : vous devez vous battre contre moi.
Inès déglutit avec difficulté. Elle sentait que le capitaine avait raison et qu’elle n’avait pas le droit de rosser ses hommes, mais d’un autre côté, elle ne pouvait pas se laisser malmener. Dieu seul sait ce qui aurait pu arriver si elle n’avait pas pris l’initiative de se défendre. Mais ce qui était fait était fait et elle n’avait pas d’autre issue que d’affronter le capitaine Kervélec (et accessoirement les conséquences de ses actes).
- Très bien, dit-elle d’une voix qu’elle espérait être ferme.
Les hommes s’écartèrent, laissant place aux duellistes. Un sourire sarcastique fleurissait sur leurs lèvres et le marin contre lequel Inès s’était battu affichait un air de cruauté satisfaite de mauvais augure. Seul un homme, assez jeune, se tenant en retrait du reste de l’équipage, semblait s’inquiéter pour la jeune fille. Notre héroïne n’en menait pas large. Se battre contre un homme sans aucune technique, cela pouvait se faire, mais il y avait tout à parier que le capitaine avait suivi de véritables cours d’escrime. D’ailleurs, le nom de Ronan Kervélec lui était vaguement familier. N’était-ce pas lui qui avait accompagné le capitaine Duguay-Trouin l’année précédente, lors de son expédition de Rio ? Certains avaient même prétendu qu’il lui avait sauvé la vie lors d’un combat contre les Espagnols. Inès frissonna. Elle ne pouvait plus reculer : advienne que pourra !
Ils se mirent en garde, se saluèrent et le duel commença. Le capitaine faisait montre d’une vitalité incomparable, il donnait l’impression de savoir à l’avance le coup que la jeune fille allait porter et le parait sans effort avec même un sourire sarcastique au coin des lèvres. Cette attitude mit Inès hors d’elle : comment ! Tandis qu’elle suait sang et eau, lui se jouait de ses assauts les plus brutaux avec désinvolture ! Ce qu’Inès n’avait pas encore compris, c’est que le sang-froid et la maîtrise de ses sentiments sont des atouts maîtres dans l’art délicat de l’escrime. C’est ce qui la perdit. Au bout d’un quart d’heure, durant lequel le capitaine n’avait pas été plus de deux fois en difficulté, celui-ci finit par se lasser de son petit jeu et, par un mouvement plus rapide que les autres, vint faire glisser sa lame le long de l’avant-bras de sa passagère de fortune. La douleur, dans un mouvement instinctif, fit lâcher son arme à Inès. Avant qu’elle ait pu se rendre de compte de quoi que ce soit, le capitaine pointait sa lame sur sa gorge. Les marins ovationnèrent leur capitaine. La jeune fille, dont la plaie saignait de plus en plus, envisageait le pire. Pourtant, l’expression du capitaine avait changé. Celui-ci paraissait amusé et même – ou bien était-ce son imagination qui lui jouait des tours ? – un tantinet admiratif.
- Diantre ! Vous ne manquez pas d’un certain courage ! A moins que vous ne soyez folle. Je pensais que vous n’accepteriez pas le duel et pourtant vous vous êtes bien défendue. Veuillez pardonner mon manque de courtoisie pour cette coupure mais je crois que c’était le seul moyen de vous arrêter.
Il retira sa lame, au grand désarroi de ses hommes, passablement déçus par le changement d’attitude de leur capitaine. Le jeune homme en retrait des autres, par contre, était visiblement soulagé. Inès l’était aussi mais elle se sentait étrangement lasse. En fait, si elle avait pu se voir, elle se serait aperçue qu’elle pâlissait à vue d’œil. Kervélec n’y était pas allé de main morte et la coupure sur l’avant-bras de la jeune fille était assez profonde. Pourtant, le capitaine ne semblait pas se rendre compte de la situation.
- Monsieur Tillignac, dit-il en s’adressant au marin contre qui s’était battue la jeune fille, votre comportement vis-à-vis de notre passagère était déplacé. En tant que maître d’équipage, ce genre d’écart ne vous est pas permis. Je vous démets donc de vos fonctions pour le restant de ce voyage. Monsieur Pratt vous remplacera.
L’homme en question était un jeune marin aux cheveux longs et châtains, svelte et d’allure athlétique qui, de toute évidence, devait se sentir aussi à l’aise dans les cordages qu’une biche gambadant dans les bois. Celui-ci s’était abstenu de toute implication dans les événements qui venaient de se produire.
- Ah, il me ne reste plus qu’à me faire pardonner de m’être battu contre vous, très chère, ajouta le capitaine. Monsieur l’aumônier, si vous voulez bien approcher…
Le jeune homme qui paraissait se préoccuper du sort d’Inès s’avança alors, à la grande surprise de cette dernière qui avait toujours pensé que les aumôniers sur les bateaux étaient de vieux ecclésiastiques aigris, brandissant leur catéchisme et sermonnant les marins d’un air sévère. Vu de près, il avait l’air extrêmement timide et elle n’avait pas besoin d’un don de voyance pour deviner que son autorité sur les marins devait être plus que limitée.
- Mademoiselle, je vous présente le père Corentin Prioul, fraîchement sorti du séminaire. Dites-moi mon père, voudriez-vous bien me pardonner mon manque de galanterie ?
- Techniquement, vous n’avez commis aucune faute capitaine. Cependant je ne vous cache pas que vous avez mis cette jeune fille en grand danger, ce qui, à mon sens, n’est pas très convenable.
Il disait cela d’une toute petite voix et rougissait jusqu’aux oreilles, visiblement très impressionné. En fait, je peux vous le dire, Corentin était un rat de bibliothèque épris d’aventure. C’est cela qui l’avait poussé à devenir aumônier dans la Marine. Il était le deuxième d’une famille de six enfants (pour l’instant) et, selon la tradition, son frère aîné s’occupait du domaine familial et lui devait rentrer dans les ordres. Mais ce qu’il voulait, c’était connaître l’aventure. Il était ce que d’aucun aurait appelé un inadapté. Sachant que sa famille ne souffrirait aucune dérogation aux usages établis, il avait trouvé que l’aumônerie de Marine était un bon compromis… Seulement, les exploits du capitaine Kervélec l’impressionnaient et il n’arrivait pas à lui adresser la parole sans en perdre, c’est le cas de le dire, son latin. Tout cela était assez problématique. Bien entendu, il aurait fallu nuancer… Le capitaine Kervélec n’était, somme toute et jusqu’à preuve du contraire, qu’un homme ! Et je peux ajouter que cet homme s’était pris d’une grande affection pour ce petit curé maladroit, comme pour son étrange passagère d’ailleurs… Mais reprenons la conversation où nous l’avions laissée :
- Je le sais bien, mon père, mais je n’ai pas pu résister. C’était une charmante comédie à jouer or, voyez-vous, j’aime la comédie à la passion.
- Cela ne fait rien capitaine, il ne vous en sera pas tenu rigueur, la jeune demoiselle est intacte.
Ce fut ce moment précis que choisit Inès pour choir plus ou moins gracieusement sur le pont du navire. Elle avait, depuis quelques instants, des vertiges et ressentait une sensation de chaleur assez désagréable. Elle revint à elle et se trouva allongée sur une couchette, qui s’avérait être celle du capitaine. Elle était entourée de Ronan Kervélec, Corentin et un autre homme qu’on lui présenta comme étant Judicaël de Gasgarael, le médecin du bord. Celui-ci lui expliqua que la coupure profonde de son avant-bras lui avait fait perdre beaucoup de sang, d’où son moment de faiblesse, mais que non, l’amputation n’était pas indispensable. Un pansement refait tous les jours devrait suffire. Toutefois, si cela empirait, on pourrait toujours envisager de l’amputer et d’ailleurs, il n’avait jamais amputé de jeune fille et, si cela s’avérait nécessaire, il serait honoré de la soigner. Inès se demanda sur quelle espèce de sorcier elle venait de tomber et se leva, au grand étonnement de tous. Elle chancela quelque peu, puis sortit sur le pont, suivie des trois hommes. Le capitaine allait dire quelque chose lorsque, du haut du nid de pie, quelqu’un cria :
- Bateau en vue !
- Quel est son pavillon ? demanda Ronan Kervélec.
- Il n’en a pas encore hissé mais il semble se diriger vers nous. Il est à trois heures.
Le capitaine regarda dans la direction indiquée. A ce moment précis, il n’avait aucune, mais vraiment aucune idée de ce qui allait se passer et du rôle qu’allait jouer Inès dans toute cette histoire.




Commentaires

Le 30 janvier 2010 Dess a dit :

*_*

Aaaaahh !!
Mais c'est génial, bien écrit, sans longueur ni lourdeur, fluide et si captivant !
Un petit bijoux !!

J'en redemande !
++

Ps : Le retour des questions !
- Est ce que c'est votre seule histoire écrite à deux ?
- D'autres projets à deux ?
Non parce que ça déchire tout....ahem. ^^
: )

Le 30 janvier 2010 Milora a dit :

C'est super gentil, Dess ! Voilà qui va faire particulièrement plaisir à Almeda !
Eh oui, parce que... (fin du suspense "insoutenable" ^^) C'est Almeda qui écrit en vert, et Milora en bleu :)

PS : La revanche des réponses :
- A ce jour, oui, c'est la seule, mais elle n'est pas terminée (c'est toujours à moi d'écrire... depuis plusieurs mois... ahem...)
- Terminer Inès est déjà un projet assez conséquent, parce que ça fait quand même deux ans et demi qu'on est dessus ! ^^

Le 30 janvier 2010 Arassia a dit :

Milora, je t'ai démasqué, hein, avant que tu le dise !!! Avouuuue ! xD

En tout cas, je suis préssée que tu mettes ton grain de sel dans l'histoire ! ;)
Ca déchire ! xD

Le 01 février 2010 Almeda a dit :

Merci beaucoup pour votre enthousiasme! Je dois avouer que j'ai beaucoup moins de pratique que Milora, ce qui risque de se faire sentir à certains moments...
En tout cas, je renchéris pour dire qu'écrire à deux (surtout avec Milora) est un vrai plaisir et que toute seule, c'est beaucoup plus difficile (et surtout moins amusant!)!

Le 01 février 2010 Milora a dit :

Peuh, n'importe quoi, moi je suis fan de la façon dont tu écris ! J'adore tout particulièrement ton sens des répliques ! :)
(Et c'est vrai que c'est amusant, d'écrire à 2 !=D *se sent d'autant plus courable de ne pas avoir écris Inès depuis des mois*)

Le 02 février 2010 Llyne a dit :

C'est trop bien =DDDD
ouf...on sait enfin qui sait :) Almeda on voit pas du tout que tu as moins d'expérience que Milora ^^
d'ailleurs on ne voit pas beaucoup la séparation, dans le texte précédent

je crois avoir vu quelque clin d'œil dans cette partie, j'ai raison? ;)

Le 02 février 2010 Almeda a dit :

Merci beaucoup Llyne! Il y a effectivement quelques clins d'oeil mais il se peut aussi que j'en ai fait sans le savoir... Dis-moi à quoi tu penses je confirmerai!

Le 03 février 2010 Llyne a dit :

"Ronan Kervélec avait accompagné le capitaine Duguay-Trouin l’année précédente, lors de son expédition de Rio"
"Il était le deuxième d’une famille de six enfants (pour l’instant) et, selon la tradition, son frère aîné s’occupait du domaine familial et lui devait rentrer dans les ordres" ça je crois que je l'ai vu en cours ou autre part ^^

et sûrement d'autre truc que j'ai pas vu mais on dirait un vrai roman historique; on rentre dans l'époque et tout =)

Le 05 février 2010 Almeda a dit :

Effectivement, c'est bien vu! Bon, par contre, je précise que le capitaine Kervélec est tout droit sorti de notre imagination mais l'expédition de Rio de René Duguay-Trouin a bel et bien eu lieu et c'est aussi à peu près comme ça qu'étaient répartis les rôles entre les enfants des familles nobles.
Après, il y a sûrement beaucoup de détails qui ne sont pas historiques du tout!

Le 06 février 2010 Tortoise a dit :

Toujours aussi plaisant. Le seul détail qui me laisse dubitative, c'est des marins qui se donnent du "Monsieur" et le médecin qui a un nom à particules. Mais bon, c'est vrai que c'est pas des pirates sans foi ni loi ni respectabilité ^^

Le 06 février 2010 Milora a dit :

Oh, Tortoise, c'est super sympa d'être passée ! =D
C'est vrai, pour la particule, je n'y avais pas pensé... Almeda, c'est ton personnage ; qu'en dis-tu ? :P
Et pour le "Monsieur", j'avoue que je ne sais pas du tout. Dans le bouquin que je suis en train de lire, ils se tutoient et à part "capitaine", il n'y a pas beaucoup de marques de respect, mais d'un autre côté ce sont des pirates. Et puis dans Star Trek ils se disent "monsieur", mdr. Dans tous les cas, comme avec les autres petites incohérences historiques, on peut dire que c'est dû au fait que le capitane Kervélec est un peu particulier... (Non, ça passe pas ? ^^)
Je vais essayer de poster la suite cet aprèm-midi ! :)

Le 13 avril 2010 Minyu a dit :

Bon, bah, comme d'habitude, c'est fluide : on commence et peu après on arrive à la fin, sans s'en rendre compte ! Les phrases ne sont ni trop longues ni trop courtes, et il y a toujours cette implication que j'adore ^^

J'ai remarqué quelques absences de virgule qui 'mont un peu gênée, comme "Ces hommes me menaçaient capitaine !" J'aurais bien vu une virgule aprés "menaçaient", pour le rythme.
"expédition de Rio"
à Rio, non ?
"Le capitaine faisait montre"
le "montre" est très, euh, bizarre, je trouve. Faisait preuve ?
"au grand désarroi de ses hommes, passablement déçus par le changement d’attitude de leur capitaine."
Je me trompe ou ils me semblent quelque peu... machistes ? xD
"Techniquement, vous n’avez commis aucune faute"
Le "techniquement" me gêne, je ne trouve pas que ce soit le terme le plus approprié, venant d'un aumônier.
"Judicaël"
Commentaire sans importance : joli nom ^^

Le 02 mars 2018 bijoux et montres a dit :

Hello my family member! I wish to say that this article is amazing, great
written and include almost all vital infos.
I'd like to see extra posts like this .

Le 09 mars 2021 sv388 a dit :

You can definitely see your skills within the work you write.

The arena hopes for even more passionate writers
like you who aren't afraid to mention how they believe.
At all times follow your heart.

Le 22 mars 2021 sbobet.com a dit :

This is a great tip particularly to those new to the
blogosphere. Simple but very precise information… Thanks for sharing this one.
A must read article!

Le 18 mai 2021 pg slot a dit :

Inès... 3

Fil Rss des commentaires de cet article

Ecrire un commentaire




Commentaire : ;) >_< shame :S mrgreen oO siffle :) :( xD

Quelle est la deuxième lettre du mot xypqv ? :