L'Etrange affaire de la montagne envolée (1)

Me revoici avec une nouvelle histoire !

Une nouvelle de 11 pages Word, bien différente des
Loya que je viens de poster, mais qui j'espère vous sera d'une lecture agréable.

Voici donc une sorte de conte fantastique, l'histoire d'une montagne qui disparaît petit à petit, au grand dam des villageois qui essaient de découvrir pourquoi, et surtout, d'arrêter le phénomène avant que leur village ne soit lui-même englouti...

(Ecrite en 2005)



Le premier jour, personne ne remarqua rien. C’était une belle journée ensoleillée de début d’été, calme et sans vent, et chacun vaquait à ses occupations quotidiennes dans le petit village : qui à surveiller la croissance des pousses de salade dans son jardin, qui à soigner la vieille chienne qui s’était écorché le museau en essayant d’attraper les poules du voisin, qui à raccommoder les vieux bas de laine de ses fils pour qu’ils soient prêts à supporter les rudes nuits à surveiller les vaches... Le ciel était d’un joyeux bleu clair, et seul un petit anneau de brouillard s’était noué en haut de la montagne, semblant emmitoufler le sommet comme une écharpe de coton. Le lendemain, le brouillard avait même complètement disparu. Personne ne s’aperçut de ce qui avait changé ; on était trop occupé à préparer les provisions pour le départ de la transhumance, ou alors à décorer la mairie où se célèbrerait bientôt la fête du village. Tout allait pour le mieux ; ou du moins, tout semblait aller pour le mieux. Car le surlendemain, quand le brouillard revint, et surtout le jour suivant encore, quelques uns commencèrent à s’apercevoir de ce qui n’allait pas. Ils levaient les yeux vers le ciel toujours bleu, fronçaient un peu les sourcils, puis haussaient les épaules et repartaient en poussant leur brouette chargée de foin. Ce n’était pas grave. Ils avaient dû rêver, ou bien ce n’étaient pas des affaires de pauvres mortels. Et une journée de plus s’écoula, paisible, dans le petit village. Le ciel était toujours bleu, le brouillard toujours là un matin sur deux. La fois suivante, de plus en plus de villageois se rendirent compte du phénomène. Ceux qui l’avaient remarqué les premiers ne haussaient plus les épaules, et les regards qu’ils portaient à leur montagne se faisaient presque craintifs. Le ciel leur parut soudain plus lourd. Et le sixième jour, lorsque, encore une fois, le brouillard s’effaça, une vague d’appréhension s’étendit dans toutes les chaumières comme un vent insidieux, se communicant d’une famille à l’autre plus rapidement qu’un incendie. Car on ne pouvait plus le nier, cette fois : la montagne était bel et bien en train de disparaître.
Chaque matin, le brouillard entourait le sommet, et au jour suivant, il s’était mystérieusement dissipé, laissant la crête cruellement amputée. Le même processus étrange et inquiétant s’était répété pendant toute la semaine, avec une régularité déstabilisante, laissant chaque fois au ciel bleu gris un peu plus de terrain par rapport au mont. Le neuvième jour, lorsqu’on s’aperçut encore qu’un anneau de forêt ne répondait pas à l’appel, il devint évident que l’inquiétant prodige n’allait pas cesser comme il avait commencé, et, pire, que ce brouillard opaque, s’il continuait à dévorer la montagne de la sorte, allait bientôt rattraper les habitations. Dès le milieu de la matinée, le maire fit convoquer expressément tous ses concitoyens dans la cour de la mairie, où on avait à la hâte dressé tables et chaises. Vu l’importance de l’affaire, on n’hésita pas à abandonner son travail, quitte à prendre du retard, d’autant plus qu’avec ce paysage qui rapetissait de jour en jour, on n’arrivait plus trop à se concentrer sur ce qu’on avait à faire. A onze heures tapantes, la totalité du petit village s’était réunie, vieillards et enfants compris, pour tenter de trouver une solution.
- Mes amis, ça ne peut plus durer, déclara sombrement le maire, hissé sur la table centrale, de sous ses épaisses moustaches rousses. J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne comprends pas ce qui se passe.
Cette annonce fit grand effet dans la foule, car le maire était l’un des plus érudits du village, et si lui n’avait jamais eu affaire à une telle manifestation, c’est que ce devait être quelque chose de vraiment grave. On se tourna instinctivement vers les plus âgés, se raccrochant à la sagesse populaire dans l’espoir d’une quelconque éclaircie, dans tous les sens du terme.
- Moi non plus, j’ai jamais vu une chose parrreille, fit le père Riboux, le doyen, en secouant son visage creux et en roulant les r plus que jamais.
Un soupir d’anxiété parcourut les villageois. On leva les yeux vers le ciel, discrètement, pour jauger la couleur gris perle qu’il prenait ces derniers temps. Est-ce que ce climat soudain automnal avait un rapport avec le brouillard avaleur de montagne ? Quelques uns se signèrent, à l’imitation du curé, et les mères attirèrent leurs enfants contre leur flanc, comme pour les protéger d’une menace invisible.
- On ne peut pas rester là sans rien faire, décréta enfin le Jules, l’un des gaillards les plus vigoureux. Il faut trouver une solution !
Murmures d’assentiment. Le maire enroula sa moustache droite autour de son doigt, les sourcils froncés sous la préoccupation.
- C’est vrai, dit-il au bout d’un moment. Et puisqu’on ne sait pas ce qui se passe, il faut d’abord chercher des informations. Comment le brouillard peut-il emporter un bout de montagne pendant la nuit, d’abord !
Sa grosse voix avait roulé au-dessus des têtes avec emportement.
- Moi j’y ai regardé, la nuit, répondit la mère Riboux. Mais j’y ai rien vu ! Y a pas une étoile, pas un morceau de lune, ces jours-ci. On n’y voit rien, on s’y est pris trop tard.
Quelques femmes frissonnèrent dans l’assemblée, et ce n’était pas à cause du léger vent frais qui remuait les robes de laines, ressorties à l’occasion de cet été trop froid. La situation devenait vraiment inextricable.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’écria le maire en venant à leur rencontre, ses moustaches tressautant au rythme de sa course.
Il fut impossible de tirer un seul mot des deux gaillards, si bien qu’il fallut les emmener dans la chaumière la plus proche pour leur faire boire du lait de chèvre bien chaud, et même un petit coup d’eau-de-vie pour les ramener à la réalité. Ils grelottaient dans les couvertures dont on les avait entourés.
- Mais Jean, qu’est-ce qui s’est passé ? répétait continuellement la femme du premier, la voix frêle et la mine apeurée.
- Le Brouillard, souffla-t-il enfin, les joues brillantes sous l’effet de l’eau-de-vie, en serrant violemment les poings. Il a avalé les autres…
- Nous on n’a pu que partir en courant, comprenez, compléta son compagnon en enfouissant son visage dans ses mains
S’en suivit un long silence très lourd, où même les plus petiots s’arrêtèrent de respirer, comprenant que quelque chose de grave venait d’être dit. Le maire se frotta les yeux avec lassitude, alla se servir un grand verre d’eau-de-vie qu’il vida d’un trait, et se mit à secouer la tête avec accablement. Petit à petit, des sanglots se firent entendre, et il fallut raccompagner les femmes – les veuves ? – des huit disparus, à leurs demeures. On passa une nuit agitée sans parvenir à trouver le sommeil, et le lendemain, quand on aperçut la portion de montagne qui s’était encore évaporée dans la nature, emportant peut-être avec elle ces huit enfants du village, tout le monde se rassembla spontanément dans la cour de la mairie.
- Il faut vraiment faire quelque chose, cette fois-ci ! s’écria avec emportement la Marie, dont le Jules avait disparu lors de l’expédition.
- Oui, mais quoi ? gémit le maire, visiblement débordé par les évènements.
- Si la montagne disparaît de ce côté-ci, ça doit être pareil sur l’autre versant, s’exclama soudain le maréchal-ferrant. Il faut aller parler avec les autres villages de la vallée, demander de l’aide.
Mais c’était trop tard. Tout le monde savait bien qu’il fallait quatre jours de charrette pour rallier le village le plus proche, et quatre autres pour revenir. On ne disposait pas d’autant de temps : le Brouillard était presque aux portes du villages.
- Alors il faut aller voir la Sorcière, proposa une voix fluette.
Surpris, on se tourna avec curiosité vers celle qui venait de parler. C’était la petite Aubépine, menue et discrète, celle qui habitait avec sa vieille grand-mère depuis la mort de ses parents, et que tout le monde appréciait beaucoup. Elle n’était pas particulièrement jolie, avec ses mèches noires qui lui tombaient perpétuellement sur le visage, mais elle avait la fraîcheur de ses dix ans, un regard vif et pétillant, et une bonne humeur inébranlable qui mettait toujours du baume au cœur. Cependant, cette fois-là, ses propos déclenchèrent une petite lueur d’appréhension dans le regard de chacun.
- La Sorcière habite trop haut dans la montagne, répondit précipitamment quelqu’un. Le Brouillard va bientôt la rattraper. Et puis…
Oui, il y avait ce « et puis ». Et puis c’était une Sorcière, et puis elle effrayait tout le monde, et puis on racontait toutes sortes de choses sur elle, et puis…
- Tout le monde dit qu’elle est plus vieille que notre père Riboux lui-même, insista la petite Aubépine sans se démonter. Elle doit savoir énormément de choses. Surtout sur ce qui est… bizarre. Je crois qu’il faut aller lui demander conseil.
- Pour perdre encore nos maris et nos fils ! s’écria une des femmes, s’attirant des hochements de têtes du même avis.
- Non. J’irai, moi, si vous voulez.
Le silence se reforma sur l’assemblée, presque aussi épais que le couvercle brumeux qui recouvrait à présent le ciel.
- Tu es trop jeune, mon ange, chevrota la grand-mère en l’entourant tendrement de ses bras.
- C’est pour ça que je n’ai pas peur, déclara Aubépine, pleine d’enthousiasme. Oh, je t’en prie, Mamie, laisse-moi y aller. Je suis sûre que j’ai raison, mais si je me trompe, il ne faut pas que quelqu’un d’autre en paye le prix.
On fut tous très ému de la sagesse et de la détermination de la petite fille, et un peu rassuré, quelque part, que quelqu’un accepte de se sacrifier. Mais on ne pouvait pas accepter, non. Pas une petite d’à peine dix printemps. Le maire essaya plus ou moins maladroitement d’exprimer ce que chacun ressentait.
- Qui vous parle de sacrifice ? repartit la petite Aubépine, se frayant un passage parmi la foule pour arriver au pied de la table où le maire avait grimpé afin de se faire entendre. Je vous assure que je reviendrai saine et sauve, je n’ai pas l’intention de finir avalée par quelque chose dont je ne sait même pas le nom !
Elle eut un grand sourire joyeux et posa les mains sur la table de bois, essayant de s’y hisser. Le maire l’attrapa sous les bras pour l’y aider, et elle fit un gros effort pour ne pas rire à la vue des épaisses moustaches rousses qui semblaient deux pinceaux broussailleux partant de sous son nez.
- Je vous en prie, laissez-moi deux jours. Vous n’avez rien à perdre ! implora-t-elle, avec son joli regard brillant d’espoir et de confiance.
Tellement brillant qu’on ne put rien lui refuser, et que l’après-midi même, on lui avait préparé un sac de provisions, de bonnes affaires de marche, et même un petit collier en bois de hêtre pour lui porter chance.


Commentaires

Le 11 juillet 2010 NewTara a dit :

J'aime ! J'adore ! J'adhère ! J'adule ! *sort*

Aubépine ? Ca existe, comme nom ? Je savais pas.

En tout cas, Milora, j'ai l'impression que tu t'es inspirée de quelque chose =)

Et pour conclure... LA SUIIITE !

Le 11 juillet 2010 Milora a dit :

Contente que tu aimes ! =)
L'aubépine est une plante... mais j'ai trouvé que ça faisait bien en prénom ! En plus, c'est un petit arbuste épineux à fleurs blances, alors ça me semblait aller bien pour une gamine comme Aubépine :)

Inspirée de quelque chose ? Je ne suis pas Ariégeoise pour rien ! (mais je sais pas si c'est à ça que tu fais référence...)

Merci de ta lecture !

(Par contre je pars une semaine, donc la suite lundi prochain ! )

Le 12 juillet 2010 Almeda a dit :

Elle a quelque chose du Chat Potté cette petite! En tout cas, on sent bien la fille de la montagne!
J'aime beaucoup l'idée de la montagne qui disparait. C'est vraiment très chouette!!

Le 12 juillet 2010 Aria a dit :

Comme à chaque fois, je vais attendre afin de ne pas me bousiller les yeux ^^

Le 12 juillet 2010 NewTara a dit :

Oui oui, c'est ça Milora =)
Je savais ce qu'était l'aubépine mais je ne l'avais jamais vu attribué en prénom, c'est pour ça ! Et c'est vrai, ça lui va bien !

Le 15 juillet 2010 Llyne a dit :

J'adore =D Je crois que c'est ta première héroïne enfant et c'est plutôt mignon ^^
J'ai pas bien compris: tu t'es inspirée d'un vrai conte?

Le 21 juillet 2010 Milora a dit :

Ah non, je ne me suis pas inspirée d'un autre conte, du moins pas consciemment...

Merci pour vos commentaires !

Non, je n'ai pas disparu, mais j'ai pas beaucoup accès à l'ordi en ce moment ! Promis, je reviens vite !

Le 05 août 2010 Minyu a dit :

C'est marrant, cette histoire, ça me fait penser à la montagne qui se déplace, dans un roman que j'ai lu il y a deux ou trois ans, et dont je ne me souviens plus le titre... ^^ Bon, je vais lire la suite, puisque j'ai vu que tu l'as postée !

"Car le surlendemain, quand le brouillard revint, et surtout le jour suivant encore, quelques uns commencèrent à s’apercevoir de ce qui n’allait pas."
Oui mais non >.< "et surtout le jour suivant encore" et "de ce qui n'allait pas" rendent la phrase assez désagréable à lire
"Le maire enroula sa moustache droite autour de son doigt"
On dirait qu'il a deux moustaches O_ô
"- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’écria le maire en venant à leur rencontre, ses moustaches tressautant au rythme de sa course.
Il fut impossible de tirer un seul mot des deux gaillards"
Qu'est-ce qu'il se passe ? Quels deux gaillards ? Il n'y a aucune explication...

Le 09 août 2010 miu miu a dit :

et bien moi j'avais oublier a qu'elle point lire ce que tu écrit et apaisant et un purs moment de bonheur :)
puis tu es tellement prévisible maintenant que j'adore parce que tu finie toujours quand même par me surprendre j'aime beaucoup je vais lire la suite :) ♥

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