L'Etrange affaire... (2)

Et de deux envois pour le prix d'un ! Une occasion en or à ne pas laisser passer... *je sors*
Voici la deuxième et avant-dernière partie (eh oui, c'est court).

- Reviens-moi vite, mon ange, lui dit sa grand-mère en enfouissant son visage sillonné de rides dans le petit cou d’Aubépine.
La fillette la rassura d’un clin d’œil affectueux, adressa à la foule un geste de la main, et s’en alla d’un bon pas vers la montagne, sautillant par moment sur le chemin de graviers.
Bien que la journée fût peu entamée, le dôme de nuages épais donnait l’impression qu’elle touchait à sa fin, et pesait à chaque seconde un peu plus sur les épaules des villageois ; très peu osaient désormais porter ne serait-ce qu’un rapide coup d’œil à leur montagne, et l’on préférait regarder obstinément devant soi ou par terre, s’atteler avec fièvre à sa tâche quotidienne, essayer de faire comme si de rien était. Mais la petite Aubépine, comme elle l’avait dit, n’avait pas peur. Le vaillant brin de jeune fille marchait gaiement vers la forêt, ses mèches brunes dansant sur son dos, et un sourire ravi aux lèvres. C’est que ce n’était pas tous les jours qu’elle avait une mission aussi importante à mener à terme ! Et puis ce mystère avait tout l’air d’être passionnant, pour peu qu’on en trouve la clef. Il ne lui était même pas venu à l’esprit qu’elle courait un danger. Elle leva les yeux vers la couronne de Brouillard – qui semblait plus une ceinture maintenant, par rapport à l’ancien emplacement de la montagne – et elle sentit un petit tressaillement d’excitation la parcourir de haut en bas. Elle pressa le pas, s’engouffrant sous les arbres en suivant le petit sentier terreux que l’on empruntait souvent pour aller aux champignons. Elle le connaissait bien, elle se sentait confiante.
Au bout d’un long moment, ses jambes commencèrent à l’élancer. Elle vérifia d’un regard vers le ciel que le soir était en train de tomber, et elle s’assit au bord du chemin sur une grosse pierre toute grise. La cabane de la Sorcière n’était plus qu’à quelques heures de marche, mais ce n’était pas le moment de cheminer de nuit, avec toutes les choses étranges qui arrivaient. En temps normal, on se méfiait de la forêt, on n’aurait pas laissé une petite fille seule si loin des habitations, mais depuis l’arrivée du Brouillard, tout le monde sentait bien que les autres dangers étaient éloignés. D’ailleurs, même les ours avaient du être avalés ; sauf s’ils s’étaient montrés plus futés que les humains et avaient maintenu une distance respectueuse par rapport Brouillard. Aubépine sortit un grand morceau de fromage de sa besace, une miche de pain noir, ôta ses sabots et s’installa confortablement pour la nuit. Les arbres lui cachaient l’avancée du Brouillard, mais on était au douzième jour, et le lendemain le Brouillard ne serait plus là.
Le treizième jour, notre petite Aubépine ouvrit des yeux parfaitement réveillés, avala le reste de sa miche de pain, et se remit en route. Le pépiement des oiseaux autour d’elle acheva de la rassurer, et la sente qu’elle suivait ne lui semblait plus aussi longue que la veille. Lorsque la tache pâle du soleil fut à peu près au zénith – si tant est qu’on puisse l’apercevoir, avec ces moutons de nuages opaques – le chemin se sépara en deux, ou plutôt une nouvelle voie, minuscule et mal débroussaillée, s’écarta de la principale. C’était le chemin de la tanière de la Sorcière. Il ne manquait plus qu’une heure ou deux pour arriver à destination.
Oui mais le problème, c’est que la destination de la petite fille n’était pas le bout du chemin. Car la cabane était vide. On voyait bien ses planches noirâtres, sa petite cheminée tordue et même, à travers les carreaux poussiéreux, quelques volailles abattues, suspendues par les pattes ; seulement tout était verrouillé, et il n’y avait aucune trace de la maîtresse des lieux. Aubépine fit le tour de la maisonnette, appela, frappa plusieurs fois à la porte, mais il fallait se rendre à l’évidence : la Sorcière était partie, emmenant chat noir et poulailler, vers de plus vastes horizons. Déçue et agacée, Aubépine s’assit sur le pas de la porte pour réfléchir en déjeunant.
- Elle a dû partir à cause du Brouillard, déduisit-elle à haute voix en mordant dans une tranche de viande séchée. Je ne peux pas rentrer au village comme ça, sans apporter de solution… Et puis ça m’énerve vraiment, de ne pas savoir le fin mot de l’histoire !
Elle se remit donc en route, suivant les traces que les sabots de la Sorcière avaient laissées sur son passage, et qui conduisaient à travers bois, vers le bas de la montagne. Elle avait de l’avance, mais Aubépine était jeune et vigoureuse, et elle avançait d’un bon pas. Elle marcha longtemps, l’après-midi entière s’était presque écoulée lorsqu’elle aperçut la silhouette voûtée de la vieille femme, devant elle. Elle pressa le pas.
- Hé, la mère ! héla-t-elle en la rattrapant. Où allez-vous, comme ça ?
- Le plus loin possible, répliqua la vieille femme en lui jetant un regard oblique, sans s’arrêter de marcher.
Elle était comme on l’avait dit : toute fripée, voûtée, avec de petits yeux impénétrables perdus au creux d’un nid de rides épais, et toute de noir vêtue. Elle avait hissé un balluchon sur son épaule et son sac en bandoulière remuait et miaulait avec fureur.
- Attendez, j’ai besoin de vous ! insista Aubépine, en reprenant son souffle. Pourquoi partez-vous donc ?
- A cause du brouillard, pardi. Je ne suis pas si folle qu’on le dit.
- Mais alors… vous ne savez pas non plus ce que c’est ? s’exclama Aubépine, surprise.
- Oh si, je le sais, et c’est bien pour ça que je pars. Laisse-moi, maintenant, il me reste une bonne trotte avant de rejoindre la vallée.
Et de hâter le pas à son tour, sans prêter attention aux petites griffes que le chat plantait dans le sac pour essayer de s’en extirper. « Je ne vais pas me rendre comme ça », décréta Aubépine en lui emboîtant le pas.
- Mais si vous savez ce que c’est, vous devriez pouvoir l’arrêter ! Vous ne devriez pas fuir !
- Tu sais ce que c’est qu’un ours affamé, petite ?
- Oui…
- Et tu peux l’arrêter s’il se lance à ta poursuite ?
- Non…
- Tu vas rester là à le laisser te rattraper, plutôt que de prendre tes jambes à ton cou ?
- Non, reconnut une nouvelle fois la fillette, mais quand on connaît, on a moins peur, et quand on a moins peur, on peut se défendre.
Bizarrement, la vieille femme s’arrêta net, et se tourna pour une fois complètement vers Aubépine, la considérant avec attention, ses yeux étranges plissés avec une expression toute différente. Même le chat avait cessé de feuler.
- Ce que tu dis est très juste, petite, articula-t-elle finalement. Mais dans le cas présent, on ne peut rien faire.
Aubépine ouvrit la bouche pour protester qu’on pouvait toujours faire quelque chose, toutefois la vieille femme l’arrêta d’un geste de la main.
- On ne peut rien faire pour ne pas avoir peur, petite, parce que ce brouillard, c’est la peur elle-même.
Aubépine eut la sensation qu’elle venait d’avaler ce lourd marteau dont elle avait vu si souvent le maréchal-ferrant se servir. La peur elle-même ? Elle fronça les sourcils.
- Moi je n’ai pas peur, dit-elle un ton plus bas.
- Parce que tu es jeune. Les enfants acceptent les choses sans essayer de les faire entrer dans leur moule de logique. Ils ont moins peur de l’inconnu.
- Et… c’est mieux ? demanda Aubépine, curieuse.
- Qui peut le dire ?
La vieille femme eut un énigmatique sourire édenté puis pivota de nouveau sur elle-même et reprit sa route. La petite fille hésita un instant avant de la rattraper encore une fois.
- Attendez ! répéta-t-elle. Vous ne savez pas comment arrêter le Brouillard ?
- Personne ne le sait, répondit la Sorcière sans s’arrêter. Mais bonne chance.
Aubépine la laissa s’éloigner, réfléchissant activement à tout ce qu’elle venait d’entendre. Le Brouillard, c’était la peur ? Qu’est-ce qui avait bien pu le faire arriver jusque là ? Un trop plein de peur, justement… Et comment le chasser ? On chasse la peur par la joie, le rire, les fêtes, mais le Brouillard faisait peur, et empêchait tout cela ! C’était un véritable cercle vicieux. Elle commença à revenir sur ses pas, méditant les paroles de la Sorcière. De toute évidence, elle ne pouvait pas rentrer au village ainsi. Ce n’est pas en ordonnant aux gens de ne pas avoir peur qu’on les empêche de trembler. Et puis elle n’avait plus le temps… Elle passa la nuit sur le porche de la Sorcière, économisant ses provisions. Au matin, la seule chose sensée à faire lui parut évidente : aller voir le Brouillard de plus près. C’était la seule façon d’en savoir plus… Elle se remit en marche.
Il lui sembla que plus elle avançait, plus la forêt était silencieuse. Tous ses habitants, quelle que fût leur taille, devaient avoir déserté les lieux à l’approche du phénomène. Le jour était presque aussi sombre que la nuit, et les silhouettes des arbres prenaient de plus en plus des allures inquiétantes, comme si des bras noueux s’étaient arrachés de leurs troncs pour se crisper vers le ciel dans une pose suppliante. Aubépine frissonna et rentra la tête dans ses épaules.
- Tu ne vas pas commencer à t’inquiéter de la forme des arbres !
Entendre sa propre voix la rassura quelque peu, mais tout de même, elle ne pouvait s’empêcher de se demander si c’était son imagination qui lui jouait des tours, ou si c’étaient bien les bois qui avaient pris des allures macabres.
- Bah, reprit-elle pour elle-même. Ne fais pas attention. Pense à cette histoire, par exemple, où le héros traverse un désert enchanté pour retrouver sa bien-aimée…
Et de se raconter le conte qu’elle avait si souvent entendu de la bouche de sa grand-mère, avant de s’endormir. Le jeune Malik, navigateur intrépide, était un jour arraché à son navire par une tempête mystérieuse et se réveillait en plein milieu d’un désert aride, où toutes sortes d’incroyables événements survenaient, le conduisant d’oasis en oasis, de ville en ville, à la recherche de sa douce Yamina. Aubépine connaissait le récit mot pour mot, et adressait parfois quelques phrases aux arbres décharnés qui s’avançaient sur son chemin :
- Et quand la terrible pieuvre géante sortit de l’oasis avec un tonnerre d’écume, sais-tu ce que fit Malik, hein, vieille branche ? Il attrapa une poignée de sable bien chaud et le jeta dans les yeux du monstre ! Pas mauvaise idée, n’est-ce pas, mon beau pin ?
Et ainsi de suite. Lorsqu’elle arriva à la fin de son histoire, elle en commença une autre, celle de la princesse espiègle qui triomphait de l’ogre qui l’avait enlevée, puis celle du paysan qui trouvait un trésor, et encore après celle du monstre de la plaine, aux tentacules plus nombreux que les feuilles d’un grand chêne. Elle finit par parler sans discontinuer, les yeux brillants, mimant parfois à l’attention d’un gros rocher ou d’un arbre sombre le combat avec la méchante créature, les passages haletants de chaque histoire. Elle s’aperçut qu’elle n’avait plus peur du tout, et même qu’elle trouvait ses auditeurs muets de plus en plus accueillants, et son chemin moins difficile à remonter. Au bout d’un moment, à force de parler sans cesse, elle commença tout de même à avoir soif, mais elle se força à économiser ses réserves : il fallait penser au chemin du retour…
Ce fut donc vers la fin du quatorzième jour, aux trois-quarts de l’histoire du gourmand chevalier de Male-Mangeade, que notre petite Aubépine se trouva d’un seul coup devant un mur de brume. Elle s’arrêta net, dans son histoire et dans sa marche. « Déjà ! » se dit-elle en regardant en arrière le long chemin qu’elle venait de parcourir en parlant. Puis elle se tourna vers le Brouillard et força sur ses yeux pour essayer d’apercevoir quelque chose au travers. Tout était gris, absolument gris comme un monticule de poussière géant, et aussi impénétrable qu’un mur bien solide. Aubépine ne put empêcher un léger haut-le-cœur de la secouer, et une pointe invisible sembla déchirer quelque chose au creux de son estomac, faisant faire à son cœur un bond violent, et résonner un martèlement endiablé contre sa poitrine.
- Allons, Aubépine ! s’exclama-t-elle en respirant bien fort, après un petit mouvement de recul incontrôlé. Après tout ce que tu as décidé, et le chemin que tu as parcouru, tu ne vas pas commencer maintenant à avoir… peur !
Elle eut un pauvre rire un tantinet nerveux puis déglutit avec peine en considérant le Brouillard. Ce n’était pas une peur ordinaire. C’était une panique irrationnelle, pas normale, pas naturelle. Elle mit ses mains sur ses hanches, la mise résolue.
- Aubépine, si tu ne te calmes pas tout de suite, tu n’as aucune chance de finir un jour ton histoire !
Elle hocha la tête avec résolution dans la direction d’un arbre recroquevillé sur lui-même comme un supplicié, qui gisait, quelques pas sur sa droite. Aucun héros de ses histoires ne se comporterait aussi sottement. C’était ridicule. Et comme, après tout, nous sommes tous les héros de notre propre vie, il n’y avait aucune raison pour qu’elle n’arrivât pas à se comporter comme ceux de ses contes, elle aussi ! Non mais. Elle fit un pas décidé vers le Brouillard.
- Et puis si cette chose est la peur, il me suffit d’avoir confiance pour qu’il ne me fasse rien. Et comme je sais ça, je n’ai pas à avoir peur. N’est-ce pas, grosse pierre ?
Et sans se laisser le temps de penser à autre chose, elle pénétra dans le Brouillard.


Commentaires

Le 24 juillet 2010 NewTara a dit :

Ben alors ? Pourquoi y'a pas de com pour cette histoire que j'adore et dont je voudrais la suite ?

Milora, encore une fois, bravo. J'adore le coup des histoires et d'Aubépine qui parle au pierres et aux arbres. Je faisais ça quand j'étais petite, aussi xD

M'enfin, bonnes vacances, et envoie-nous la suite ! :)

Le 24 juillet 2010 Llyne a dit :

C'est super =D J'aime bien Aubépine ^^
Je me demande à quoi ressemble le brouillard de l'intérieur ;)

Le 05 août 2010 Minyu a dit :

La fin ! La fin ! =)

"Aubépine sortit un grand morceau de fromage"
Je verrais plutôt "un gros morceau de fromage"...
" Et puis ça m’énerve vraiment, de ne pas savoir le fin mot de l’histoire !"
Cela ne me paraît pas très naturel dans la bouche d'une fille de dix ans, et assez peu crédible... Elle devrait plutôt être effrayée, non ?
"On ne peut rien faire pour ne pas avoir peur, petite, parce que ce brouillard, c’est la peur elle-même."
Ca me rappelle la nouvelle que j'avais écrite pour le concours auquel j'ai participé, une histoire bizarre avec la Peur qui terrorisait les habitants et qui prenait la forme d'un loup ^^ En y repensant, je comprends pourquoi j'ai perdu, lol ^^
"la terrible pieuvre géante sortit de l’oasis"
Je pensais que les krakens ne vivaient pas dans l'eau douce =)

Le 07 août 2010 Milora a dit :

Ah zut ! J'avais posté la suite, mais la mise à jour l'a effacée !
Je la remets.

Merci de vos lectures !

Llyne --> Héhé, tu vas voir !

Minuy --> Pourquoi plus "gros" que "grand" ? ;-) Pour la phrase... je me rends pas compte, mais on me dit parfois que je ne parle pas normalement ^^. Et pour les krakens, moi je pensais qu'ils n'existaient pas, alors eau douce, eau salée, ou eau gazeuse, m'est d'avis qu'on peut les mettre où on veut ^^ Non ?
Merci de ta lecture détaillée ! =)

Le 09 août 2010 miu miu a dit :

"Parce que tu es jeune. Les enfants acceptent les choses sans essayer de les faire entrer dans leur moule de logique. Ils ont moins peur de l’inconnu." j'aime beaucoup la citation c'est vraiment vrai vive les enfant et leur insouciance xD

puis minyu moi je pense que les phrase ne sont pas vraiment incorrecte et le texte et si bien écrit qu'il est inutile de les faire tout remarquer puis qu'elle passer complétement inaperçu même un livre éditer a encore souvent pas mal de fautes :) je trouve qu'on devrai pas s'arrêter a sa.

Le 12 août 2010 Milora a dit :

Merci beaucoup, Miu ! :-D ça fait plaisir de te revoir ici.

Pour ce qui est des relevés détaillés, ben là, les phrases ne sont pas en soi incorrectes, mais c'est gentil de relever ce qui va pas, et puis c'est toujours intéressant, un avis détaillé 8-) Je veux dire que relever ce qui gène, ça ne peut qu'aider - même s'il ne faut pas relever simplement ce qu'on aurait soi-même écrit différemment, alors que ce qu'a choisi l'auteur va aussi... (Je parle en général, je ne parle pas pour toi Minyu :) )

Bref, merci de vos lectures !

Le 29 juillet 2016 BeatriceSaxa25 a dit :

Je vous remercie pour cette info, cela tombe à pic pour moi !!

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