Une affaire de dents


Une nuit sombre, un projet machiavélique, et une étrange découverte... pour une nouvelle pas bien sérieuse de quatre pages word.
(Ecrite en juillet 2008)

Cela faisait déjà un long moment que l’obscurité avait dévoré les derniers rayons du jour. C’était l’heure où les poètes maudits s’extirpent quelques instants de leur sommeil maladif, pour griffonner un fragment de vers, laborieusement arraché à leur muse ; l’heure où les films d’horreur touchent à leur générique de fin dans les petits cinémas isolés ; l’heure où la nuit et le génie s’unissent pour que les plus sombres desseins se réalisent. Je frissonnai.

Pour ajouter au pittoresque du décor, une pluie fine et drue s’était mise à tomber, noyant le pavé dans la réverbération d’une froide clarté : la lune brillait au-dessus des toits, voilée par les nuages. J’évitai une flaque d’eau et hâtai le pas, scrutant les ténèbres autour de moi. Tout me criait qu’un événement allait survenir. J’enfouis mon visage dans le col de mon manteau, le vent tenta de me repousser en arrière, comme un ultime avertissement, mais déjà, j’étais sur le seuil de l’édifice. Les portes de verre me cédèrent le passage – je ne les entendis pas se refermer derrière moi.

Le hall d’entrée était éclairé : de larges néons blafards laissaient tomber leur lumière crue depuis le plafond. Je me remis en marche en direction des ascenseurs.

- Bonsoir, docteur Chafard, dit la voix du gardien, surgissant de sa loge.

Je répondis d’un vague signe de tête, tout aussi vaguement surpris que cet homme se rappelle mon nom. Je n’avais jamais fait l’effort d’apprendre le sien. Il était inutile de m’encombrer l’esprit avec des informations sans intérêt. La totalité de mon existence était et devait être entièrement tournée vers mes recherches. Je ne m’arrêtai donc pas à son niveau, et passai mon chemin jusqu’à l’ascenseur B. En attendant qu’il arrive, j’eus le loisir d’écouter l’écho de mes pas mourir autour de moi. Je ne sus pourquoi je frissonnai à nouveau. Tout prenait valeur de présage, cette nuit-là.

Une fois dans la cabine, j’attendis que les portes se referment pour appuyer sur les boutons : le 1, puis, laissant mon doigt sur la touche enfoncée, le 7, et enfin, après trois secondes, le 6. Le code était entré. L’ascenseur s’enfonça dans le sous-sol, en direction de l’étage -2, où se trouvait la section la plus protégée du Laboratoire de Recherche Nationale. Je dus entrer un deuxième code pour sortir, puis j’empruntai le long couloir très droit qui me faisait face. Il était trop tard pour qu’il y ait quelqu’un ici, songeais-je au moment où j’aperçus du coin de l’œil une ombre remuer. Je me raidis.

- Qui va là ?

Les muscles de mon cou se contractèrent, je plissai les yeux en direction de la silhouette. Une forme bleue, haute et massive, avec deux yeux ternes qui brillaient sans vigueur. Oh, oui, bien sûr, un garde. J’avais presque oublié ce détail. Je souris de cet insignifiant contretemps.

- Docteur Chafard, répondis-je d’un ton calme.

Trop calme, peut-être. J’eus l’impression que toute mon assurance était passée dans mes mots, et qu’ils avaient résonné avec une tonalité inquiétante. L’homme braqua le faisceau de sa lampe-torche dans mon visage, j’élevai une main pour me protéger.

- Que faites-vous ici à deux heures du matin, docteur ? voulut savoir mon trop curieux contretemps.

Je me retins de faire claquer ma langue. Insignifiant, trop curieux, et agaçant. Je n’avais pas envie de supporter les velléités d’un vulgaire vigile borné. Ce qui m’attendait était plus loin. Je me forçai à répondre sans trop de dédain.

- J’ai un travail important à terminer au plus vite, dis-je dans un souffle.

- Pas de répit pour les braves, hein ? plaisanta-t-il sottement.

Le sourire qui m’apparut lorsqu’il abaissa sa torche me sembla si niais que je m’abstins de répondre. Il passa son chemin en sifflotant dans les ténèbres. Je ne pris pas la peine d’attendre qu’il s’éloigne : je pénétrai dans le sas du laboratoire oméga et, moins par respect du protocole qu’avec la sensation de revêtir la tenue de rigueur d’un acte solennel, j’enfilai une blouse blanche. Puis, le cœur battant, je pénétrai dans mon laboratoire.

Dans notre laboratoire, me hurlèrent les lampes déjà allumées et les machines qui vrombissaient doucement. Un petit être chauve, à l’exception de deux touffes ébouriffées de cheveux gris au-dessus des oreilles, me tournait le dos, trop occupé par son éprouvette pour remarquer mon entrée. J’avais négligé de mettre des chaussons de protection, si bien que l’approche furtive m’était interdite. Au temps pour moi : il n’était pas un problème.

- Edouard, modulai-je d’une voix de velours.

Le petit homme sursauta violemment et fit volte-face, manquant renverser le contenu de son tube à essai. Ses épaisses lunettes à bord noir faisaient paraître ses yeux minuscules, lui conférant l’air du scientifique de base le plus caricatural. Une bouffée d’amour-propre m’envahit à sa vue.

- Mickaël ! s’exclama-t-il en esquissant un sourire nerveux. C’est vous ?

Non, j’étais un hippopotame mutant échappé de sa cage. Quelle question éminemment stupide. Je ne jugeai pas nécessaire de fournir une réponse.

- En voilà des heures pour rattraper votre retard, me contentai-je de dire en m’approchant d’une table encombrée de matériel.

Je me mis à la parcourir du regard, tandis qu’il me gratifiait d’une réponse que je n’écoutai que d’une oreille distraite.

- Je vous retourne le compliment ! bafouillait-il. En fait, je dormais tranquillement chez moi, quand m’est apparue la solution ! Vous savez, le problème du décalage séquentiel de l’ADN extra-arachnoïde dans une configuration modulative en base F ?

Le ton de ses derniers mots, que je n’avais pas écoutés, restait en suspens. Il avait dû poser une question, me dis-je en tirant une seringue de son emballage plastique.

- Oui, bien sûr, répondis-je au hasard en passant le doigt sur divers flacons étiquetés.

- Eh bien, je crois que j’ai trouvé ! s’extasia-t-il dans le vide : j’étais en train de remplir la seringue. Nous avions pris les choses dans le mauvais sens ! (Je m’approchai de lui en souriant à son flot de paroles) Puisqu’on a découvert le principe de vérité des interactions logiques dans le séquençage biomoléculaire, il fallait partir de la concentration de proto-cellules dans un environnement bêta !

- Intéressant, ponctuai-je à ce dernier mot – qui me semblait particulièrement approprié – en lui prenant des mains son tube à essai pour le poser à sa place.

- Que faites-vous ? réagit-il dix bonnes minutes trop tard.

- Je n’aime pas tacher le carrelage, répondis-je.
Et, d’un geste brusque, j’abattis ma seringue à la base de son cou, et pressai sur le piston pour faire pénétrer le liquide. Je sentis un spasme secouer son corps, et je m’écartai pour le laisser glisser au sol, les yeux exorbités.

- Mais…, bredouilla-t-il d’une voix étranglée. Que… qu’est-ce que… vous m’avez inoculé ?

Je me dirigeai vers la poubelle pour y jeter la seringue, et posai les yeux sur l’étagère de code 6. Tous les virus les plus destructeurs que le LRN avait conçus. J’avais participé – pour ne pas dire présidé – à leur élaboration, de la conception au dépôt dans cette étagère protégée. Il y avait quelque chose de génial à mettre en flacon la mort de million de personnes. Une mort qui n’était pas encore arrivée, une mort future. C’était un avenir que j’avais enfermé là. La question d’Edouard me revint à l’esprit.

- Je vous ai injecté de l’Hypocondroflastinium hydrogéné alpha soluble ©, répondis-je sans lui accorder un regard.

Un instant passa avant qu’il réalise. Je me trouvais déjà devant les cages où nos cobayes endormis passaient l’une de leurs habituelles nuits tourmentées. Une souris aux yeux verts fluorescents leva son museau de castor vers moi puis replongea dans le sommeil, malgré les ronflements d’une tortue-pigeon, à vingt centimètres d’elle, qu’un collègue avait eu la stupide idée de baptiser Simba.

- Non ! s’écria alors Edouard avec horreur. Pas ça !

Je souris comme à la bêtise d’un enfant trop gâté.

- Si.

- Non !

- Si.

- Non !

- C’est parti pour des heures, là, ponctuai-je froidement.

Il devenait lassant.

- C’est vraiment trop atroce ! reprit-il d’un ton étouffé. Vous ne savez pas ce qui va m’arriver ? Je… je… je vais…

- Vous délirez, soupirai-je en me rapprochant de la table de travail.

- Pas encore. Mais l’Hypocondroflastinium hydrogéné alpha soluble ne va pas tarder à faire effet, et alors je serai condamné à… me croire atteint de toutes les maladies que je connais !

- J’en ai bien peur, dis-je en remplissant une seconde seringue du produit que j’avais apporté dans ma poche.

- L’Ebola, la grippe aviaire, la tuberculose !

- En effet.

C’était la seule dose que j’avais créée, l’unique et destructrice preuve de mon savoir-faire, de mon intelligence, de mon génie.

- Le choléra, le tétanos, la lèpre !

Je l’avais gardée secrète des mois durant, peaufinée, travaillée encore et encore, avec espoir, avec une ambition jalouse. Mais bientôt, elle éclaterait à la face du monde, la médiocrité ambiante serait anéantie par un chaos que moi seul aurais conçu, fabriqué. Comme ces simples virus, mais en bien plus élaboré, j’avais mis la destruction en flacon.

- Les oreillons, la scarlatine, le… (ses yeux s’agrandirent d’horreur)… le rhume des foins !

Les suppliques d’Edouard rythmaient mes mouvements comme les percussions d’un orchestre. Je me tournai une dernière fois vers lui ; ma blouse restée ouverte claqua à ce geste comme une longue cape.

- Vous avez une idée du prix que ça va me coûter en médecins ? pleurnicha-t-il.

Je soupirai. Je n’avais pas prévu qu’il y aurait un témoin, mais puisque tel était le cas, je n’allais pas le laisser gâcher mes efforts.

- Vous avez une petite mine, Edouard. Vous êtes sûr de ne pas avoir une extinction de voix ?

Je pus voir ses sourcils se froncer, sa pomme d’Adam déglutir avec peine, sa main passer sur sa gorge. Il tenta de dire quelque chose, mais ses mots moururent avant d’avoir franchi ses lèvres. Bien. Le Syndrome d’Hypocondrie Aigüe que nous avions élaboré ensemble était décidément une sublime invention. J’en avais eu l’idée d’ailleurs. Je reportai mon attention sur les cobayes, cherchant ceux qui me serviraient dans la réalisation de mon plan.

- Que comptez-vous faire ? ânonna Edouard dans un filet de voix enrouée.

- Maîtriser le monde, répondis-je modestement.

J’y étais. Mon cœur se mit à battre un peu plus fort, mes mains hésitèrent devant la cage que je m’apprêtais à ouvrir. N’oubliais-je vraiment rien ? Je fis mentalement le tour de tous mes préparatifs. Rien ne manquait, non. J’y étais.

- Comment allez-vous vous y prendre ? se rebella mon témoin inattendu, qui avait oublié que rien ne l’empêchait de se relever du sol où il gisait pitoyablement.

Il devrait s’y sentir à l’aise. Je m’aperçus que ses interruptions ne m’agaçaient pas autant que je l’aurais imaginé, elles faisaient durer le plaisir. Aussi décidai-je d’y répondre :

- Simplement : en semant le chaos. Lorsque rien n’ira plus, que le moindre misérable humain sera tenu d’accomplir l’impensable et le plus ridicule, je serai le Garant. D’une certaine façon, le maître. Ce sera moi qui aurai provoqué cela, j’aurai non seulement tenu toutes ces vies entre mes les mains, mais encore j’aurai agi. Tout ce qui arrivera après ce soir, d’une certaine manière, viendra de moi.

Le débit de mes propres paroles m’entraînait dans son sillage ; mais les mots étaient trop banals, trop affaiblis par leur utilisation quotidienne, pour arriver à transmettre le sens de ce que je ressentais. La stabilité du monde reposait sur moi, comme si la réalité, placée toute entière en équilibre précaire à l’extrémité de mon index, pouvait d’un simple souffle de ma part, basculer dans le non-sens. Comme si le pouvoir que j’avais de souffler ou non faisait de moi le seul maître de son destin, de notre destin, de tout destin. Là encore, mais cette fois seul, je possédais l’avenir.

Edouard toussota – il avait dû songer à une maladie pulmonaire.

- Et comment comptez-vous faire ? s’enquit-il.

Preuve que ce soir baignait dans une sorte de mise en scène fantastique, au moment précis où il posait sa question, l’aiguille de ma seringue luisit dans le halo d’une lampe de travail, comme investie d’une force surnaturelle.

- Par une manipulation génétique, dis-je, plongeant la main dans une cage pour en extirper l’un des deux poussins caquetants.

Je l’immobilisai fermement et plantai sans pitié la seringue sous son aile. J’eus l’exaltante sensation que mon sang même passait dans l’aiguille pour le mettre à ma merci. Plongé dans une sorte d’état second par l’excitation, j’entendis à peine ma voix continuer son discours :

- Pensez à tout ce qui se produirait, à toutes les promesses incroyables qui devraient être tenues…

Le poussin tituba, s’ébroua avec difficulté, tandis que je tirais son compagnon de sa cage et lui injectais la toute dernière dose de mon élixir. L’émotion faisait flageoler le moindre de mes membres. Déjà, un éclat blanc avait scintillé à l’intérieur du bec du premier poussin.

- … bref, à l’incohérence absolue du monde…

Le deuxième poussin eut les mêmes réactions que le premier, puis il fut une seconde secoué d’un tremblement irrépressible qui fit ondoyer son fin duvet.

- … si les poules avaient des dents ?

Un silence de mort s’abattit sur mon laboratoire. Même les ronflements de Simba s’étaient tus, ou peut-être que je ne les entendais plus, car la seule chose qui comptait pour moi était ce duo de poussins, mon monde s’était réduit à leurs deux petits bec frétillants, où apparurent subitement, poussant à une vitesse anormale, de petites canines aiguisées. La réalité avait basculé. Un sentiment grisant de puissance s’était élevé en moi, comme la première vague d’un raz-de-marée indomptable : j’étais le maître, j’étais le Dieu, je venais d’actualiser mon pouvoir incommensurable. Les présages s’étaient réalisés !

- Vous n’oubliez qu’une chose, dit au loin Edouard d’une voix blanche, surgie de cette stupide réalité qui dégringolait désormais très bas au-dessous de moi. Aucune poule n’aura de dent. Ces deux poussins sont des mâles.

Le monde se figea. Ce n’était plus la réalité qui dégringolait. C’était le sol sous mes pieds.



Commentaires

Le 15 octobre 2009 Llyne a dit :

trooop drôle!!!!
c'est super comme idée: au début ambiance angoissante et après homoristique.
… si les coqs avaient des dents ? xD

Le 21 octobre 2009 Dess a dit :

De l'angoisse, un soupçon de mégalomanie et à la fin une pointe d'humour !
Je me répète mais, quelle écriture !!
++

Le 25 octobre 2009 miu-miu a dit :

oh j'adore c'est super un peut court mai j'ador j'ai qu'un truc a dir cet phrase elle intervient trop to je c'est pas tu fait un truc super qlauke et puis d'un coup tu sort sa "Non, j’étais un hippopotame mutant échappé de sa cage."sa va pas trop avec la suite mai j'ador t'est super douée rien que pour tes txte je c'es pour quoi je veut devenir èditeure dans une maison d'èdition,pour fair dècouvrir des gens comme toi a des ignar de la vie (pardon sa veu pas dir grand chose)

Le 31 octobre 2009 LiilOo a dit :

Trop fort !!
J'adore le coup des poules... Heu, pardon des coqs !!
Fallait y penser...
Mais il peut conquérir le monde (One day, we will conquer the world xD) en croisant des poules avec ses poussins.
Nan ??
Si j'ai raconté n'importe quoi, désolée, la SVT et moi ça fait 4537524857.
C'est beaucoup, hein ??
*sors*

Le 31 octobre 2009 Milora a dit :

Ah oui, tiens, c'est une idée !xD Mais lui souffle pas, des fois qu'il mette son plan à exécution !
^^

Merci beaucoup pour vos commentaires, tous !

Miu-miu, la phrase t'a vraiment gênée ? Je l'ai mise pour ajouter progressivement une touche d'humour, et introduire un côté un petit peu décalé...

Le 22 juillet 2010 Aria a dit :

Je l'ai imprimer, lu et lu à maman aujourd'hui.
Au départ, le titre me faisait marrer ! Maman elle, sa réaction c'était "Gnéé ? Encore un truc du style fantastique ?" ^^
J'ai vraiment aimer, surtout la fin !

Le 29 novembre 2015 Felicia a dit :

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Felicia

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