Contes et fées - 2

Face à la pénurie de lecteurs, j'attendais la fin des vacances pour continuer de poster ! Voici donc, enfin, la suite des aventures de Bérénice et du Narrateur !




- Heu… bonjour monsieur, articula Bérénice avec une courbette avortée, se souvenant de justesse des rites de politesse que sa jeunesse princière lui avait inculqués.
- ‘Jour, m’zelle ! répondit en retour le gamin.
Car il s’agissait bien d’un gamin, tout frêle, avec une chemise à carreaux trop large pour lui, et sur l’épaule, une hache massive dont on se demandait comment il avait fait ne serait-ce que pour la soulever. Ses cheveux d’un noir de jais étaient coupés plus courts que ceux de tous les chevaliers ou pages que Bérénice eût jamais vus de sa fenêtre, et qui portaient tous un petit catogan – quant à son père, sa queue de cheval lui descendait de notoriété publique jusqu’en bas du dos. De toute évidence, ce… charmant jeune homme… n’était pas noble.
- Damoiseau, auriez-vous la gentillesse de m’indiquer le château de votre Seigneur, je vous prie ? reprit-elle, évitant pour le moment de mentionner son identité par mesure de prudence, ou plutôt pour ménager ses effets au moment de la révélation subite de sa prestigieuse ascendance.
- Heu… répondit-il dans un long et profus développement fourni en explications topographiques des plus précises.
Il regarda autour de lui d’un air expert, se gratta élégamment le haut du crâne, et plissa les yeux en fronçant les sourcils.
- Cela signifie-t-il que vous ne savez pas ? insinua Bérénice, que son estomac torturait de plus en plus.
- Non non, mam’zelle, c’est juste que... c’est difficile à indiquer…
Il pivota sur ses talons, scruta l’horizon végétal derrière lui, reproduisit le même rituel sur le côté, puis hocha la tête d’un air satisfait.
- Cinq cent pas vers le nord, puis douze vers l’est, tournez à droite après le chien, puis deux pas direction nord-nord-ouest, un saut à cloche pied, treize pas vers le nord, et huit vers le sud, et vous y êtes, mam’zelle ! débita-t-il enfin.
Bérénice plissa les yeux en fronçant les sourcils à son tour. Elle n’avait jamais eu le sens de l’orientation, et s’était révélée incapable de lire une carte ; le discours du jeune garçon était par trop technique pour elle, se dit-elle. Elle enroula avec grâce une mèche de cheveux autour de son doigt.
- Je crains de ne pouvoir cheminer bien longtemps dans ces broussailles, avoua-t-elle en papillonnant des yeux
- Je peux vous conduire, proposa alors le jeune bûcheron.
- Vous feriez ça pour moi ? se crut-elle obligée de s’exclamer.
- Non, pas pour vous, mam’zelle, mais pour les pièces d’or que vous allez me payer si je remplis ma mission.
« Rustre ! » songea Bérénice, se retenant de justesse de penser à voix haute. Elle lança un regard désespéré alentour, à la recherche d’un guide moins onéreux et… oui, un peu plus fiable physiquement, parce que la demi-portion d’en face ne ferait assurément pas le poids devant un ours sauvage. Mais il fallait se rendre à l’évidence : elle était absolument seule, perdue dans un milieu hostile, à la merci du premier bûcheron venu, demi-portion ou non.
- Soit ! capitula-t-elle théâtralement. Comment dois-je vous appeler, mon cher ?
- Oh, ma mère m’a baptisé Tusillanime, mais tout le monde m’appelle P’tit Tus. Et vous ?
- Bérénice, répondit-elle dignement en tendant le bras pour recevoir le baisemain d’usage, mais le garçon se contenta d’une poignée de main cordiale.
Une fois cet arrangement conclu, les deux se mirent en route prestement vers ce qui semblait être le nord, lui sifflotant avec nonchalance, elle haletant avec élégance.



* * *





Je pense que ces deux là sont bien partis. Il me faut à présent donner un petit coup de pouce au récit par un autre côté. Une histoire, c’est comme une course d’escargots : bien que tu agites la feuille de salade du dénouement au bout de la piste, les protagonistes sont incapables d’avancer par cette seule motivation, il faut sans cesse les houspiller un peu. C’est pourquoi, direction le château seigneurial, sa garde en alerte, et son donjon plus rempli que jamais. J’espère que tu as bien en tête la menue description de tout à l’heure, parce que je ne compte pas revenir là-dessus.
Le salon richement décoré, aux lourdes tentures de couleurs vives, élevait son haut plafond de toute la force de ses murs de pierre et de lambris, et le parquet de bois noir était en partie recouvert d’un tapis tissé à l’emblème du royaume. Il grouillait à présent de gardes et de serviteurs, de conseillers, de pages, tous s’activant autour du sofa où gisait, abandonné, le travail de broderie incomplet qu’avait laissé Bérénice derrière elle. Le soleil de midi lançait ses rayons depuis sa fenêtre, comme si même les éléments étaient curieux de savoir de quoi il retournait. Le roi se tenait, bien droit, devant le passage secret.
- Oh, malheur ! se lamentait le royal papa de notre héroïne. Qu’est-il arrivé à mon héritière, ma fille, le fruit de mes entrailles ?
- M’est d’avis qu’elle s’est barrée, chuchota un galant chevalier de l’assemblée, mais des coups de coude le firent terre. Oups, j’ai fait une faute : le firent taire.
- Page ! Où sont mes consultants !
- Ils arrivent, sire, répondit le jeune homme aux cheveux ternes qui se tenait tout près. Nous avons fait venir les plus réputés de toutes les régions du royaume – et retiens ce « en si peu de temps ? » qui te brûle les lèvres, lecteur. Sache que si l’amour donne des ailes, les contes de fées aussi.
En effet, comme pour confirmer ces dires, la porte du donjon s’ouvrit à la volée, et l’un des pages, essoufflé, ordonna à chacun de faire place aux nouveaux venus qui le suivaient. Ils étaient trois. Dans un roulement de tambour, leurs silhouettes se dessinèrent solennellement dans le sombre encadrement de la porte, le port digne et le front haut, baignées de fumée triomphale qui s’élevait en panaches héroïques – eh bien quoi, ce n’est pas parce que ceci est un conte à petit budget, qu’on ne peut pas se permettre quelques effets spéciaux.
- Votre majesté, la Prêtresse ! clama le premier page.
La vieille femme en guenilles sombres, et aux rides marquées comme des coups de cuillère dans un pot de margarine, s’avança, sa bouche édentée continuellement agitée d’un tremblement. Les plus anciens chevaliers se souvinrent de ce jour terrible, où elle avait de sa voix grave annoncé le danger qui planait sur la princesse.
- Grande Prêtresse, commença le roi. Ma fille a disparu. Tu nous avais prévenus, il y a quinze ans, lors de sa naissance ; j’aurais dû t’écouter. A présent, je t’en conjure, aide-nous à la retrouver !
La vieille femme s’avança jusqu’à la porte secrète, et posa sa main sur le bord, exactement comme Bérénice l’avait fait quelques heures plus tôt. Elle ferma ses yeux qui disparurent dans les plis de ses paupières, et se mit à fredonner quelques mots barbares et inconnus. Tout le monde retint son souffle.
- Cette enfant est en grrrand dangeeeer…, annonça-t-elle finalement, faisant tinter ses boucles d’oreilles contre ses multiples colliers chargés d’amulettes. Je le sens, je le pressens, quelqu’un… quelque chose… lui en veut… Il faut… la mettre à l’abri, les signes ne mentent pas….
Une rumeur de panique parcourut l’assemblée tel un vent de frayeur. La mine du Roi était totalement déconfite, il avait pâli d’un seul coup, comme l’intérieur d’un esquimau à la vanille – le fait d’être un narrateur sans existence n’empêche pas un soupçon de gourmandise.
- Où se trouve-t-elle ? demanda-t-il, implorant.
- Dans… dans… – tout son corps se convulsa, elle rejeta brusquement la tête en arrière, les yeux révulsés. Dans la… dans la FORÊT !
Puis elle s’effondra, à bout de forces, tas de haillons décharné sur le sol du donjon. Cette démonstration de sa puissance de divination n’avait pas laissé de marbre, la moyenne des teints des spectateurs se rapprochait de plus en plus de celui du roi, lequel avait agriffé sa barbe dans le plus grand état de nervosité. Deux pages se précipitèrent pour aider la vieille prêtresse à se relever, et on l’emmena aux cuisines pour la revigorer. Une fois qu’elle eut quitté la pièce, les deux autres conseillers spéciaux s’avancèrent, la mine concentrée. L’un était grand, maigre, brun, avec une casquette à carreaux à l’ancienne et une pipe ; l’autre, son assistant, se voyait affublé d’une moustache.
- Consultants, je vous en prie, dites-le moi : où se trouve-t-elle ? répéta le roi, une larme à l’œil, en se tournant vers eux.
Le grand brun se pencha en avant, tira d’un geste vif une loupe de sa poche, et se mit à examiner en silence la porte de l’entrée du passage.
- Avez-vous touché à quoi que ce soit ? demanda son second pendant ce temps.
- Non, nous vous attendions, répondit le roi.
- Des traces, cher ami, des traces, marmonna le premier en ramassant du bout des doigts un peu de terre du passage. Des traces de pas.
- Elle a été enlevée ? s’étrangla quelqu’un dans l’assistance.
Le silence s’établit, un silence lourd, pesant, dense. On eût entendu le sang circuler dans les veines de son voisin, pour peu qu’on n’eût pas la totalité de son attention focalisée sur le grand homme penché dans le passage secret. Il se redressa, rangea sa loupe et, les sourcils sévèrement froncés, dit :
- Seulement ses traces de pas, fins et légers. Elémentaire, mon cher, il n’y a aucun doute : il s’agit d’une fugue.
L’assemblée eut un mouvement de surprise. La princesse s’était enfuie, de son plein gré ? Elle avait abandonné son père et son royaume ! La consternation se lisait sur bien des visages, mais le roi était déterminé à ne pas laisser souiller l’honneur de sa fille chérie qui, quelles que fussent les circonstances, avait bel et bien disparu et se trouvait en danger. La prêtresse l’avait dit. Un détachement de gardes royaux fut envoyé fouiller le passage secret, et revint bredouille. Le souterrain ne menait qu’à un mur aveugle, et à une trappe verrouillée de l’extérieur, que l’on résolut de détruire au plus tôt pour partir à la recherche de la jeune disparue.
Au repas, le roi apparut encore plus abattu, et la reine Clarence ne se départit pas de son air préoccupé de tout le repas. Le château entier se sentait en deuil, comme ralenti, ce qui contrastait singulièrement avec l’effervescence du quartier des gardes, où les allées et venues avaient pour le moins triplé depuis l’annonce de la terrible disparition, tout le monde étant réquisitionné pour partir à la rescousse de la princesse Bérénice.


Commentaires

Le 31 août 2010 Llyne a dit :

Il y a encore moi =)
La prêtresse raconte exactement la même chose mais tout le monde est impressionné ^^
"L’un était grand, maigre, brun, avec une casquette à carreaux à l’ancienne et une pipe ; l’autre, son assistant, se voyait affublé d’une moustache." C'est Sherlock Holmes et Watson, non? xD
Sauf que je crois que c'est l'inverse pour la moustache O.o
c'est pour pas qu'on les reconnaissent? ^^

Le 31 août 2010 Milora a dit :

Oui, heureusement que tu es là, Llyne !

Oui oui, c'est bien Holmes et Waston, mais sauf si on m'a fait un lavage de cerveau, c'est bien Watson qui a une moustache ! ^^

Le 31 août 2010 Llyne a dit :

Désolée, j'ai du confondre avec quelqu'un d'autre --'
Eh oui, je suis partie pendant deux semaines et pourtant j'ai rattrapé mon retard ^^

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Commentaire : ;) >_< shame :S mrgreen oO siffle :) :( xD

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